LE JAPON : LES GEISHAS
par Catherine Lemieux
Lorsque que l'on s'attarde à l'histoire des siècles passés, l'attention première que l'on voue à certains personnages de ces époques se concentre généralement sur des hommes. Puisqu'il en est ainsi, j'ai donc décidé de sortir de cette norme qui nous est inconsciemment imposée, pour vous parler de ces femmes japonaises qui sont devenues geishas non par choix, mais par obligation.
Avant la modernisation, les geishas avaient un rôle très important dans la société japonaise, mais on en retrouve de moins en moins, car l'occidentalisation du Japon a amoindri leur rôle culturel. Dans les années 1970, on a vu leur nombre diminuer de façon très importante et aujourd'hui on n'en compte pas plus de 1000 qui sont pour la plupart, dans toute la géographie du Japon, réparties à Osaka et à Kyoto. En revanche, si peu nombreuses soient-elles, elles continuent avec grâce et détermination à perpétuer cette ancienne tradition japonaise.
À première vue, préjugés et points de vue ethnocentriques vont souvent de concert lorsque le mot «geisha»* est entendu dans nos sociétés occidentales. En effet, les geishas sont souvent perçues comme des prostituées de luxe alors que les vraies geishas étaient, au contraire, des artistes utilisant tous leurs charmes féminins pour gagner leur vie. Elles avaient pour rôle de divertir les hommes des hautes classes sociales soit par la danse, le chant, la calligraphie, la cérémonie du thé, la conversation, la grâce sociale et la musique (les instruments principaux étaient : le shamisen* et le tsuzumi* (on pourrait les comparer à des tambours). Pour ce faire, celles-ci devaient se soumettre à un nombre incroyable de sacrifices tout au cours de leur vie si elles voulaient parvenir à vivre une vie décente.
Voici comment la vie d'une geisha débutait : tout d'abord, cette profession s'exerçait de mère en fille, à l'exception de quelques-unes ayant été vendues pour cause de désespoir économique de leurs parents. Dès son jeune âge, la petite fille devait quitter la maison familiale pour aller vivre dans une okiya*. Cette demeure était basée selon le modèle hiérarchique familial. Autrement dit, il y avait la mère qui dirigeait toute la paperasse administrative et qui prenait les décisions les plus importantes, il y avait les geishas qui travaillaient pour rembourser l'okiya* (repas, cours, frais de médecine et acquisition de sa personne) et il y avait les apprenties geishas, qui apprenaient leur art en allant à l'école et par l'intermédiaire de leurs grandes sœurs geishas. La hiérarchie était basée sur l'ancienneté des filles. Par la suite, une apprentie était initiée aux maisons de thé et au théâtre par sa grande sœur et elle avait plusieurs occasions de rencontrer divers hommes et de les divertir. Quand le temps était venu pour l'apprentie de passer à une autre étape, la jeune, âgée de 14 ou 15 ans, voyait sa virginité être vendue aux enchères. Au Japon, ce phénomène se nommait mizuage*. Des hommes payaient très cher pour avoir la virginité de l'une de ces filles, surtout si elle était très convoitée et qu'elle excellait dans son art. D'autre part, cette femme ne pourrait jamais, tant qu'elle exercerait cette profession, être mariée à un homme qu'elle aime. Une geisha respectée avait droit à 2 ou 3 dannas* lors de sa carrière : un danna* est une sorte de mari qui paie pour elle et qui s'occupe de son bien; en revanche, celle-ci doit le divertir.




