Le monde des geishas

8.Littérature etc...

Romans sur les geishas

le 15/03/2006 à 14h55
Comme vous avez pu le remarquer je suis passionnée par la beauté et le mode de vie des geishas. Ainsi, pour vous faire partager ma passion, je vous conseille quelques oeuvres afin que vous appréhendiez mieux ou différement la vie des geishas.

Mémoires d'une geisha de Yuki Inoue (récit).

Geisha de Lisa Dalby, américaine apprentie geisha dans le cadre de sa thèse de doctorat en sociologie (récit).

Le Miroir des courtisanes de Sawako Ariyoshi (roman).

Vies de Geishas de Kikou Yamata (roman).

Kyoto Hanamachi de Hiroshi Mizobuchi, photographe.

Geisha de Arthur Golden (roman).

Ma vie de Geisha de Mineko Iwasaki & Rande Brown (récit).

Geisha - Une Tradition vivante de Aihara Kyoko.


Bien sûr j'ai lu toutes les oeuvres que je vous recommande, alors bonne lecture!

Youpi!!!

le 22/03/2006 à 11h07
A force de passer un temps considérable pour faire des recherches sur les geishas, j'ai encore trouvé plusieurs ouvrages traîtant de ce sujet. Je vous donne la liste très prochainement lorsque j'en saurai un peu mieux!

Pettit, Charles

le 28/03/2006 à 11h47
Voiçi mon 100ème article! Et c'est toujours avec un grand plaisir que je vous fait découvrir ce monde qui m'emerveille!


Correspondant du journal Le Temps, Charles Pettit a passé une année environ au Japon, de 1904 à 1905, au moment de la guerre russo-japonaise. Son compte-rendu sur ce pays est en général très critique, il juge le Japon comme une nation guerrière, introvertie, et cruelle envers ses femmes. Dans ce passage, il parle des geishas, figures emblématiques du Japon traditionnel, et souvent mal comprises des Européens.
Le Temps

 

Geishas
 
C’est d’abord la joie des yeux quand, vêtues de robes sompteuses, couvertes de bijoux et de fleurs, attifées et fardées à souhait, elles apparaissent soudain comme des princesses de féerie; puis c’est la volupté artistique de danses étranges, tantôt graves et sacrées, tantôt légères et érotiques; enfin c’est le charme des vieilles légendes du passé qu’elles chantent en s’accompagnant du shamisen sur lequel flottent, comme des ombres, leurs longues mains diaphanes armées d’un peigne d’ivoire; et c’est aussi parfois l’émotion d’un récit de guerre ou la langueur d’un conte d’amour.
Aussi comme les Européens paraissent barbares à ces artistes délicates lorsque, au lieu de s’extasier devant de telles manifestations d’art (qu’ils ne comprennent pas, il est vrai), ils ne songent qu’à de grossières tentatives amoureuses.
Et même s’ils demeurent corrects à cet égard, comme ils paraissent mal élevés à leurs yeux ! Comme leurs gestes sont brutaux et leurs manières disgracieuses. Sans cesse en train de bouger, ce qui est le comble de l’impolitesse au Japon, ils remuent constamment leur buste et n’ont même pas la pudeur de s’excuser quand, grossièrement, ils étendent brusquement en avant une jambe qui devrait rester repliée sous eux. Hélas ! les malheureux, ils ne savent probablement pas comment se dit "crampe", en japonais; et, d’ailleurs, ce mot existe-t-il chez un peuple qui, n’ayant pas de meubles, a su habituer ses muscles à rester souples dans toutes les positions.
Mais le comble de l’horreur, c’est quand un de ces barbares, après s’être servi d’une manière dégoûtante de ses baguettes et avoir fait mille grimaces impolies devant des mets exquis pourtant, comme de belles tranches roses de poisson cru, croit, pour s’excuser, devoir échanger avec ces divines geishas une coupe de saké ! C’est l’usage, évidemment, et même la simple politesse ! Mais le triste personnage trouve encore le moyen de commettre une dernière grossièreté en oubliant de passer auparavant la tasse dans un petit bol d’eau chaude bien placé en évidence pourtant au milieu d’une centaine d’autres.
Bien heureux encore si, dans un mouvement brusque, il ne renverse quelque objet sur les beaux tatamis, ou ne crève le papier d’une cloison par un coup de coude en se retournant ! Ah ! non, certes, les geishas n’aiment pas les étrangers ! Et elles en sont même devenues d’un patriotisme farouche et intransigeant, ce qui a le bon côté d’en faire des femmes décidément parfaites à tout égard aux yeux des Japonais.
Et c’est pourquoi ils sont si fiers de leurs geishas, qu’ils jugent incomparables à toutes les autres femmes de l’univers; et c’est avec une joie patriotique qu’ils ne craignent pas de vous le déclarer en toute sincérité.
Aussi, par reconnaissance, jugeant que c’est une gloire de plus pour leur pays de posséder de telles merveilles, ils consentent à les mépriser un peu moins souvent que leurs propres femmes.
1904

Catherine Lemieux

le 28/03/2006 à 11h54

LE JAPON : LES GEISHAS

par Catherine Lemieux

Professeur Carlos Manzi, Collège de Limoilou (Hiver 2000)


Lorsque que l'on s'attarde à l'histoire des siècles passés, l'attention première que l'on voue à certains personnages de ces époques se concentre généralement sur des hommes.  Puisqu'il en est ainsi, j'ai donc décidé de sortir de cette norme qui nous est inconsciemment imposée, pour vous parler de ces femmes japonaises qui sont devenues geishas non par choix, mais par obligation.

Avant la modernisation, les geishas avaient un rôle très important dans la société japonaise, mais on en retrouve de moins en moins, car l'occidentalisation du Japon a amoindri leur rôle culturel. Dans les années 1970, on a vu leur nombre diminuer de façon très importante et aujourd'hui on n'en compte pas plus de 1000 qui sont pour la plupart, dans toute la géographie du Japon, réparties à Osaka et à Kyoto. En revanche, si peu nombreuses soient-elles, elles continuent avec grâce et détermination à perpétuer cette ancienne tradition japonaise.

À première vue, préjugés et points de vue ethnocentriques vont souvent de concert lorsque le mot «geisha»* est entendu dans nos sociétés occidentales.  En effet, les geishas sont souvent perçues comme des prostituées de luxe alors que les vraies geishas étaient, au contraire, des artistes utilisant tous leurs charmes féminins pour gagner leur vie.  Elles avaient pour rôle de divertir les hommes des hautes classes sociales soit par la danse, le chant, la calligraphie, la cérémonie du thé, la conversation, la grâce sociale et la musique (les instruments principaux étaient : le shamisen* et le tsuzumi* (on pourrait les comparer à des tambours). Pour ce faire, celles-ci devaient se soumettre à un nombre incroyable de sacrifices tout au cours de leur vie si elles voulaient parvenir à vivre une vie décente.

Voici comment la vie d'une geisha débutait : tout d'abord, cette profession s'exerçait de mère en fille, à l'exception de quelques-unes ayant été vendues pour cause de désespoir économique de leurs parents.  Dès son jeune âge, la petite fille devait quitter la maison familiale pour aller vivre dans une okiya*. Cette demeure était basée selon le modèle hiérarchique familial.  Autrement dit, il y avait la mère qui dirigeait toute la paperasse administrative et qui prenait les décisions les plus importantes, il y avait les geishas qui travaillaient pour rembourser l'okiya* (repas, cours, frais de médecine et acquisition de sa personne) et il y avait les apprenties geishas, qui apprenaient leur art en allant à l'école et par l'intermédiaire de leurs grandes sœurs geishas. La hiérarchie était basée sur l'ancienneté des filles.  Par la suite, une apprentie était initiée aux maisons de thé et au théâtre par sa grande sœur et elle avait plusieurs occasions de rencontrer divers hommes et de les divertir.  Quand le temps était venu pour l'apprentie de passer à une autre étape, la jeune, âgée de 14 ou 15 ans, voyait sa virginité être vendue aux enchères.  Au Japon, ce phénomène se nommait mizuage*. Des hommes payaient très cher pour avoir la virginité de l'une de ces filles, surtout si elle était très convoitée et qu'elle excellait dans son art. D'autre part, cette femme ne pourrait jamais, tant qu'elle exercerait cette profession, être mariée à un homme qu'elle aime. Une geisha respectée avait droit à 2 ou 3 dannas* lors de sa carrière : un danna* est une sorte de mari qui paie pour elle et qui s'occupe de son bien; en revanche, celle-ci doit le divertir.

Parallèlement à cela, les geishas portaient un uniforme qui les distinguaient gracieusement. Elles portaient des kimonos appelés obebe*. Ces kimonos sont très lourds car ils sont assemblés de plusieurs morceaux. Les jeunes filles portaient des couleurs plus vives et un obi* (sorte de ceinture pour le kimono) plus long, dont les extrémités traînaient parfois jusqu'au sol. En revanche, la femme portait son obi* noué dans le dos (car le nouer à l'avant signifierait qu'elle est une prostituée) d'une façon plus discrète. Elles portaient une combinaison dont le col dépassait à la base du cou : une authentique geisha devait porter le col dans les mêmes teintes que son kimono, tandis que celui d'une geisha apprentie était rouge et celles qui étaient en voie de le devenir avaient des cols blancs. De plus, elles portaient  une coiffure faite d'un chignon divisé en deux lobes; si un ruban passaient entre ces deux lobes, cela signifiait qu'elle était encore vierge, par contre si celui-ci était à la base, le mizuage* avait été accompli. Elles embellissaient l'ensemble à l'aide de divers accessoires métalliques. Elles étaient chaussées de sabots de bois et, pour couronner le tout, elles portaient un masque très particulier. Le maquillage, qui était demeuré le même depuis des siècles, se composait d'une base blanche qui recouvrait tout le visage, d'une teinte rouge très vif qui recouvrait toutes les lèvres, et pour renforcer l'aspect sensuel de sa personne, des rayures rouges était peintes à la base de son cou... ce qui donnait l'impression aux hommes de voir, au travers du masque, la peau nue de la demoiselle.

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