Le monde des geishas

Le film

Memoires d'une geisha

le 15/03/2006 à 15h09
Voiçi les débuts de la création du film:
Adapté d'un best-seller d'Arthur Golden
Projet de longue date, Mémoires d'une geisha est l'adaptation du best-seller homonyme d'Arthur Golden. C'est Steven Spielberg qui acquit en 1998 les droits du roman pour le transposer à l'écran.

Actrices pressenties
Julyana Soelistyo et Maggie Cheung figuraient parmi les actrices pressenties pour incarner respectivement O-Kabo et Mameha.

La valse des réalisateurs
Le projet est passé entre les mains de Steven Spielberg, qui avait acquis les droits du roman, Brett Ratner, Spike Jonze et Kimberly Peirce avant de voir le jour sous la direction de Rob Marshall.

Musique composée par John Williams
John Williams qui avait composé la bande son des trois premiers volets d'Harry Potter a refusé de faire Harry Potter et la coupe de feu pour se consacrer à la musique de Mémoires d'une geisha pour laquelle il a reçu un Golden Globe.

La légende de la geisha
Les geishas existent depuis plusieurs siècles au Japon. Leur nom vient du mot "gei" qui signifie "art" en japonais. Ni épouses ni prostitués, ces femmes hautement respectées dans la société gagnaient leur vie en divertissant des hommes puissants par leur beauté, leur élégance et leurs dons artistiques. Les hommes étaient prêts à payer cher pour devenir leur "danna", leur maître. A la fois danseuse, chanteuse et musicienne, la geisha maîtrise l'art de la conversation et se rendaient dans les soirées données dans les maisons de thé. Elles existent encore aujourd'hui mais dans une proportion beaucoup plus faible.

Maîtriser l'art de la geisha en six semaines
Les geishas avaient une manière très élégante de se tenir et de se comporter qu'elles apprenaient dès leur plus jeune âge. Elles maîtrisaient à la perfection la danse et la pratique d'un instrument à trois cordes, le shamishen. Afin d'aider les actrices à acquérir ces pratiques, le réalisateur Rob Marshall a mis en place six semaines de formation intensive à Los Angeles avec une équipe d'experts. Durant leur apprentissage, les actrices ont dû s'habituer à porter un kimono, pris des cours de danse et de musique. Pour les encadrer, Rob Marshall a fait appel à Liza Dalby, la seule occidentale à avoir vécu et travaillé comme geisha au Japon, qui avait collaboré avec Arthur Golden pour l'écriture de son roman.

La confection des kimonos
Le kimono est le costume traditionnel de la geisha. Colleen Atwood, la costumière a confectionné à la main 250 kimonos pour les besoins de Mémoires d'une geisha.

Un sumo devenu présentateur
Le sumo qui a remporte le combat dans Mémoires d'une geisha n'est autre que le professionnel Mainoumi, qui avait atteint le grade de Champion junior. Il s'est retité des championnats en novembre 1999 et est actuellement présentateur pour la chaîne NHK.

Des pousse-pousses recyclés
Les pousse-pousses de Mémoires d'une geisha avaient déjà été utilisés Le Dernier samouraï d'Edward Zwick (2003). Une décoration a été ajoutée pour qu'ils ressemblent à la période des années 30.

Un maquillage traditionnel
Noriko Watanabe a respecté le maquillage traditionnel des geishas, avec la peau pâle, les cheveux noirs et et la bouche rouge. Le fond de teint blanc, porté par les geishas lors des grandes occasions et par les Maiko (apprentie geisha) lors des sorties en public était appliqué sur le visage, le cou, le haut du dos et les mains. Une équipe de 65 techniciens a été formé pour reproduire le maquillage de l'époque.

Lieux de tournage
Constatant que le quartier de Gion, à Kyoto, où est censée se dérouler l'action du roman dans les années 20 et 30, était trop moderne, la production a décidé de le reconstituer comme il était à l'époque sur le site de Ventura, près de Los Angeles. Une partie du tournage eut également lieu dans les jardins japonais de Saratoga, en Californie. Le tournage s'est poursuivi au Japon pour y filmer des lieux authentiques.

Fiche Technique
Budget : 85 000 000 $
N° de visa : 112968
Couleur
Format du son : Dolby SR + Dolby SR-DTS & SDDS
Format de projection : 2:35.1 Cinémascope
Format de production : 35 mm
Tourné en : Anglais

Pour finir...

le 15/03/2006 à 15h11
Réalisation
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Réalisateur :
Rob Marshall


Acteur(s)

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Say
uri : Ziyi Zhang
Hatsumomo :
Gong Li
M
ameha : Michelle Yeoh

le pré
sident : Ken Wat
anabe
Nobu :
Koji Ya
kusho
O-Kami
: Kaor
i Momoi
O-Kabo : Youki Kudoh

le génér
al : Kenneth Tsang
Li
eutenant Hutchins : Paul Adelstei
n
un solda
t :
Brannon Bates
le
chauffeur : Michael Chen

la tante
: Tsai Ch
in
le GI saoul :
Chad
Cleven
l
e pêcheur japonais : Craig H.
Davidson
l'off
icier saoul : Cameron Duncan

Chiyo :
Suzuka Ohgo



Scénario, Production

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Scé
nariste : Robin
Swicord
Doug
Wright
P
roductrice : Amy Pascal

D'après l'oeuvre
de Arthur Golden
Produc
tion Columbia Pictures, U.S.A.

Red Wagon Entertainment, U.S.A.
DreamWorks SKG, U.S.A.

Spyglass Entertainment, U.S.A.
Amblin Entertainment, U.S.A.


Equipe Technique

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Composit
eur John Williams
Directeur de
la photographie Dion Beeb
e
Costumiè
re Colleen
Atwood
Di
recteur artistique Gret
chen Rau
Mon
teur Pietro Scali
a
Chef d
écorateur John Myh
re
Produ
cteur exécutif Gary Barber

Roger Birnbaum
Bobby Cohen
Mixage
Kevin O'Conne
ll
Greg P. Russell

Rick Kline

John Pritchett
Mo
nteur son Wyli
e Stateman

Distribution
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Distribu
tion Columbia Pictures, U.S.A
.
Mars Distribution, France

Critique

le 21/03/2006 à 16h51
Le Film est sortit le 1 MARS en FRANCE.

Titre original : Memoirs of a Geisha

Longtemps convoité par Steven Spielberg, Mémoires d'une geisha est finalement signé Rob Marshall. Le réalisateur de Chicago fait de cette adaptation un spectacle bourré d'effets visuels hollywoodiens. Inutile de s'en plaindre, son film est une vision occidentale du Japon qui s'assume, une certaine idée du spectacle à la Broadway.

Adapté du roman à succès d'Arthur Golden par Bob Marshall, Mémoires d'une geisha est une adaptation best seller. Quiconque cherchera la précision, la justesse, le réalisme ou une approche japonaise et fidèle de l'univers des geishas, se tournera vers les beaux films de Mizoguchi : Les musiciens du Gion, Les sœurs de Gion, entre autres. Mémoires d'une geisha est fantasmatique. Il est donc inutile de lui intenter un quelconque procès, de lui reprocher son casting pan-asiatique où des Chinoises jouent des rôles de Japonaises (une aberration, limite une hérésie mais bon) ; inutile de lui reprocher son infidélité, ses approximations historiques, son manque de détails, le film de Bob Marshall s'inscrit dans la tradition classique, ou néo classique, du film exotique hollywoodien : David Lean, ou tant d'autres exemples jusqu'à Fu Manchu.

Le film raconte la vie d'une jeune fille (Zhang Ziyi, peu convaincante) vendue par sa famille souffrante et ruinée, à un trafiquant d'enfants qui la place dans une maison de geishas de Kyoto, où de servante elle deviendra progressivement, à force de stratégies complexes, de complicités, de jeux de pouvoirs, de jalousie, la geisha la plus adulée. Dans un univers de raffinement et de trahison, d'amours impossibles, d'égoïsme, de tradition, de valeurs et de rituels où les geishas incarnent une oeuvre d'art vivante, Mémoires d'une geisha trace l'itinéraire d'une jeune fille passionnée se sacrifiant et trouvant sa voie comme geisha pour l'amour secret d'un homme. Traversant l'histoire, elle vit les années folles du Japon, la guerre et l'occupation américaine, à chaque période sa place dans la société évolue sans que jamais ses sentiments faillissent.

Recherche atmosphérique
L'entreprise de Marshall se fonde sur une approche très Broadway du sujet. Le film repose sur une recherche musicale, rythmique et surtout atmosphérique. Hyper stylisé, il multiplie les ambiances climatiques, les scènes de nuit aux lumières découpées, tamisées, chatoyantes et colorées, les effets de pluie, de neige et d'ombres virevoltant au gré d'une succession de paysages et de visages, de jeux de matières où les kimonos succèdent aux éventails. Totalement décoratif, Mémoires d'une geisha se veut moins une étude vraisemblable d'une époque qu'une recherche plastique et esthétique aux frontières parfois de l'impressionnisme. Il joue des clichés, d'effets cartes postales, d'images d'Epinal japonisantes. Toute la recherche de Marshall repose sur l'idée de fondre la beauté de la geisha aux décors, dans une sorte de prisme formel à la fois naïf et élégant. Une approche hollywoodienne qui se veut plus sensuelle qu'intellectuelle ou émotionnelle.

Dans Mémoires d'une geisha, le récit est constamment défait par l'image qui le vampirise ; il sombre sous la multiplication des effets et de leur puissance fétichiste, et sous l'opulence de la musique. Le casting s'essaie laborieusement à parler anglais, plaçant quelques comiques « merci » ou autres « bonsoir » en japonais pour des touches d'exotisme plus concret, révélant ainsi l'étrangeté de son statut. Peu importe, le film est faible mais sa fluidité constante séduit. Mémoires d'une geisha est une approche approximative, simpliste, pressée, de l'univers des geishas, car le film se fonde sur une expérience superficielle d'un folklore japonais transfiguré par l'industrie esthétique hollywoodienne. Sans être pour autant fascinant, le film de Bob Marshall réussit à maintenir une sorte de cap dans son élégance très peu japonaise, une forme d'honnêteté dont la richesse visuelle -et non la profondeur -, assure un spectacle aux mille artifices brillants. Fallait bien en avoir pour son argent.

Anecdote

le 27/03/2006 à 13h49

Voiçi le texte que j'ai trouvé dernièrement dans Le Monde:

 Citation:

Japon, évanescents "quartiers des fleurs"

A Tokyo, Mémoires d'une geisha n'a pas tenu l'affiche longtemps. A Kyoto, ancienne capitale impériale et reposoir de la "japonicité", que le film, tourné essentiellement aux Etats-Unis est censé avoir pour cadre, cette reconstruction hollywoodienne de la grande figure de la féminité nippone a été accueillie avec un dédain narquois. "Je suis allée le voir parce que mes clients m'en parlaient. Une fantaisie américaine sur notre monde, c'est tout", dit avec un sourire ironique Makoto, une jeune geisha. Elégante et enjouée dans son kimono noir sobrement brodé, le chignon parfaitement tiré, elle pourrait passer, par sa mise, pour une jeune femme traditionnelle, mais moderne par sa manière de parler et ses sujets d'intérêt - elle chante du jazz à ses moments perdus.


Après quatre ans d'apprentissage, elle est devenue geiko - mot que l'on préfère à Kyoto à celui de geisha, mais qui a la même connotation : "personne pratiquant les arts". Elle est née à Gion, le plus prestigieux "quartier des fleurs" - c'est-à-dire quartier des geiko de la ville. Rien ne prédisposait Makoto à entrer dans ce monde. Mais, enfant, elle fut séduite par cet univers chatoyant et attirée par les arts que l'on y pratique : danse, shamisen (luth à trois cordes) et tambourin. Un monde élevé au rang d'emblème de la tradition, épuré des ombres et des détresses d'autrefois, mais aujourd'hui évanescent.

Avant-guerre, on comptait plus d'un millier de geiko à Kyoto. Il en reste à peine une centaine aujourd'hui. Beaucoup de maisons de thé où se déroulent les banquets en leur compagnie ont disparu. Les "quartiers des fleurs" tendent à devenir des attractions touristiques, et les geiko, incarnations d'un idéal féminin façonné au cours des siècles, apparaissent quelque peu en porte-à-faux par rapport à leur époque. Dans les petites rues et les venelles de Gion tombe le crépuscule. Les lanternes arrondies aux portes des maisons sont allumées et par moments retentit le kara koro, le bruit particulier des socques de bois surélevées, ponctué du tintement des grelots protecteurs dont sont munies les maiko, les "apprenties" geiko. Visage d'une blancheur diaphane et coiffure à la fabuleuse architecture, dite "en pêche fendue" (chignon formant deux coques avec les cheveux enroulés sur une soie rouge visible à l'arrière du crâne), enguirlandées de parures, elles se rendent d'une démarche ondoyante alourdie par leurs fastueux atours à leur premier rendez-vous de la soirée.

Gion, non loin de la rivière Kamo, qui traverse Kyoto, est l'un des cinq "quartiers des fleurs" de la ville. Des quartiers qui n'ont rien d'exceptionnel, sinon le nombre de leurs maisons traditionnelles qui abritent salons de thé ou communautés de geiko et maiko. Avec Pontocho, sur l'autre rive, longue ruelle scintillante de lumières, dont les maisons de thé disposent de terrasses sur l'eau, Gion est le plus prisé. Les maisons d'un étage, en bois nu de couleur tabac ou miel selon l'ancienneté, recouvertes d'une lourde toiture de tuiles grises, sont fermées au rez-de-chaussée de rideaux de roseaux ou de claires-voies en lattis. Les façades sont étroites - parce que, autrefois, le montant des impôts était fonction de leur longueur - et l'intérieur s'étire en "lit d'anguille".

Les maiko se faufilent entre les curieux et disparaissent sous les crépitements des flashes derrière une porte coulissante. De discrètes enseignes lumineuses calligraphiées indiquent le nom d'une maison de thé. Dans la soirée, au fil des ruelles silencieuses, on entend parfois le son plaintif d'un shamisen, ce "coup de scie" qui faisait crisser les oreilles d'Henri Michaux, mais remplissait d'extase le romancier Yasunari Kawabata.

Enigmatique et déroutant, loin des conceptions occidentales du plaisir, le monde des geishas, avec ses splendeurs et son raffinement, ses liesses et ses ombres, a fasciné les visiteurs étrangers. Depuis l'ouverture de l'Archipel au milieu du XIXe siècle, il a donné lieu à un florilège de clichés dans lesquels se confondent les goujateries de Pierre Loti sur son "épouse" de quelques mois, Mme Chrysanthème (qui n'était pas geisha), et les sombres descriptions des "quartiers réservés" du vieux Japon - images plus révélatrices des fantasmes occidentaux sur l'"Orientale", qu'éclairantes des arcanes du monde des geishas.

Le roman d'Arthur Golden dont est tiré le film brasse les approximations. Tiré à 4 millions d'exemplaires et traduit en une trentaine de langues (en français au Livre de poche, 1997), il étaye d'anecdotes ce que l'Occidental pense savoir de ces "hétaïres" de l'Orient extrême. A Kyoto, les commentaires de l'auteur pour la promotion du livre suscitèrent la colère indignée de la geiko à laquelle celui-ci adressait ses remerciements les plus chaleureux dans la préface. Mineko Iwasaki, qui fut "la plus grande dame" du Gion des années 1960-1970, estime avoir été trahie par les révélations qu'il fit de sa vie privée. L'affaire se termina au tribunal. Aujourd'hui, elle ne veut plus en parler. Elle préfère écrire des livres (dont l'un, Ma vie de geisha, a été traduit chez Michel Lafon) dans lesquels elle raconte sa carrière - commencée à l'âge de 6 ans - et brosse ce qui fut la dernière grande époque des "quartiers des fleurs".

Mineko Iwasaki, qui quitta le monde des geiko à 29 ans, a l'élégance des femmes dont le temps a effleuré la beauté en conservant au regard l'éclat des bouffées de bonheur et d'amertume du passé. "Ce que nous offrons ? De l'air, une atmosphère ! Une parenthèse dans le quotidien", dit-elle avec une spontanéité amusée en réponse à une question sur ce que les hommes viennent chercher chez les geiko. Loin d'être compassée, une soirée en leur compagnie peut être étonnamment gaie. Les maiko restent silencieuses, attentives à remplir les coupes de saké : elles apprennent en regardant, dit-on. Mais leurs aînées, qui ne servent pas les invités et ne dînent pas avec eux, animent la conversation en créant par un trait d'esprit et une frivolité subtile ce liant qui fera le charme d'une soirée, dont le grand moment sera l'exécution de danses et de musique de shamisen. Danses austères, presque statiques dans leur économie du geste, difficiles à apprécier par un non-initié, enseignées dans une école séculaire, dont l'ancienne directrice, l'étonnante Yachiyo Inoue, subjuguait encore son public à presque 100 ans.

Certaines geiko ont passé l'âge de plaire et, pourtant, plus que les jeunes maiko, elles ont l'art de séduire par leur sens de la répartie et une drôlerie parfois primesautière. L'expérience compte ici plus que la fraîcheur des traits. Dans les "quartiers des fleurs", il faut avoir "du chic" plus que "du chien". Savant dosage de raffinement dans les saveurs des mets, du saké et du charme enjôleur de ces femmes dépourvues de l'humilité associée à l'image de la Japonaise, la soirée se poursuit souvent en petit comité dans un bar. Là, dans l'euphorie de l'alcool, se donne libre cours le jeu éternel entre l'homme et la femme, fait de hardiesse et de retenue. Un art de la galanterie minutieusement codé, qui exige que les partenaires en connaissent les tours et les détours.

On n'entre dans le monde des maisons de thé que sur présentation, et c'est une marque de statut social que d'y être connu. Si, en apparence, le décor des "quartiers des fleurs" ne change guère, avec son faste raffiné jusqu'au moindre détail - tout doit y être sublime : repas, arrangements floraux et effluves d'encens, femmes resplendissantes et prestations artistiques -, derrière leurs claires-voies, le bon goût n'est pas toujours au rendez-vous.


"Il y a encore des amateurs, mais le plus souvent les clients sont moins au fait des règles des 'quartiers des fleurs'", commente Mineko Iwasaki, qui a connu les plus grands noms de l'élite nippone. En fin de compte, c'est le degré de raffinement des clients qui donne le ton à une soirée. Car, dans leur souci de plaire, les geiko s'adaptent à leur registre - jusqu'à une éventuelle dérobade finale. "Les clients comprennent rapidement ceux que l'on apprécie", confie l'une d'elles.

Le style est la première exigence des "quartiers des fleurs". Autrefois, une notion était au coeur de leur code de la galanterie : iki. Un mot qui désigne une façon d'être à laquelle le philosophe Shozo Kuki (1888-1941), qui fut lié à Martin Heidegger et fut élève du jeune Jean-Paul Sartre, a consacré un traité (La Structure d'iki, PUF). Chic, sobrement élégant, raffiné sans ostentation, l'iki est une esthétique de la sensualité. Une disposition d'esprit qui peut s'apparenter à un dandysme : "La coquetterie qui est parvenue sous les leçons du destin au renoncement et vit dans la liberté de la hardiesse", écrit Jacqueline Pigeot, auteur de Femmes galantes et femmes artistes dans le Japon ancien (Gallimard). Une élégance dans laquelle se mêlent une sensualité fugitive et un détachement mélancolique, qui imprègnent par exemple les estampes d'Utamaro. Une retenue aux antipodes de l'ivresse de l'"amour-passion" de Stendhal et qui, au contraire, privilégie la retenue de l'"amour-goût", c'est-à-dire du jeu de l'allusif et de la coquetterie comme fin en soi. "Etre iki, commente soudain rêveuse Mineko Iwasaki, c'est avoir connu la vérité des choses..."

Qu'est-ce qui fait une geiko accomplie ? L'une d'elles, déjà âgée, nous fit un jour cette réponse lapidaire : "C'est avoir connu le tréfonds de la passion et su tordre son coeur pour s'en dégager." Dissimuler ses larmes sous le masque de la frivolité pour être gaie, rayonnante, et filtrer à nouveau les métaphores de l'amour... "Dans l'amertume, l'art de la séduction gagne en profondeur émotionnelle, mais aussi en assurance", poursuivait-elle.

"Les clients changent. Ils sont plus jeunes, ils ignorent les règles, et les filles doivent suivre", déplore un amateur qui fréquenta ce monde non pas sur des frais de société - comme c'est souvent le cas -, mais sur ses propres deniers, par goût d'homme riche. Une heure dans une maison de thé est tarifée autour de 500 euros. Le pourcentage reversé à la geiko varie selon son ancienneté et son succès.

Aujourd'hui, les jeunes femmes maiko le sont par choix. Elles n'entrent plus dans ce monde par nécessité, mais parce qu'elles aiment les arts qui s'y pratiquent, son faste. Elles sont moins dociles qu'autrefois, se plaignent des patronnes des "maisons de geishas" (okiya) qui prennent en charge leur formation, les logent et leur fournissent de somptueux kimonos valant plusieurs millions de yens. Certaines désertent une formation draconienne. Mais la plupart n'ont pas envie de quitter les lumières de la fête. "Au début, dit Makoto, je me demandais ce que je faisais dans ce monde. Puis j'ai commencé à aimer ce décorum dépris du quotidien. Les maisons de thé sont aussi un excellent observatoire de la société..."

Les heures passées avec les clients ne sont qu'une partie de la vie professionnelle des geiko. L'entraînement et le "travail des apparences" occupent toute la fin de la journée. Le moindre détail est codifié : la coiffure, la longueur des manches du kimono, ses teintes, la ceinture... véhiculent un discret message sur leur expérience. Les atours des maiko pèsent plus de 20 kilos, et elles n'ont qu'une hâte en rentrant : se déshabiller, oubliant parfois les billets de banque qui ont été glissés dans leur vêtement au cours de la soirée. Devenue geiko, la jeune femme est autonome et vivra de la clientèle qu'elle s'est faite pendant ses années d'apprentissage. La plupart ont un riche protecteur, mais souvent aussi un amant de coeur - parfois en même temps... Certaines quittent ce monde pour se marier. D'autres y restent et ouvrent des bars. Depuis une trentaine d'années, les geiko peuvent tenir un établissement et trouvent dans cette activité un appoint financier.

Tout un monde d'artisans gravite autour des "quartiers des fleurs" : perruquiers, habilleurs... Ce sont les seuls hommes qui vont et viennent dans les okiya. L'homme est ici client ou subalterne. Une okiya est "une communauté de femmes" liées par des relations hiérarchiques de parenté fictive ("grande soeur, soeur cadette"), sur laquelle règne une patronne - la "mère" -, véritable femme d'affaires. "L'homme apparaît à la nuit, mais de l'aube au crépuscule nous sommes les maîtresses de notre monde", commente Mineko Iwasaki, qui, dans un de ses livres (Bataille de fleurs à Gion, non traduit), appelle à une "démocratisation" du fonctionnement des okiya. Comme ce fut le cas pendant des siècles, les "quartiers des fleurs" sont toujours régis par un cénacle de femmes, romantiques ou intrigantes, dociles ou rebelles, qui vivent des arts et des hommes, sans en dépendre...


Anecdote

le 27/03/2006 à 13h56
Citation:
Critique
"Mémoires d'une geisha" : fleurs japonaises à l'américaine
LE MONDE | 28.02.06 | 13h27 • Mis à jour le 28.02.06 | 13h27

En 1929, une fillette de la campagne est vendue par ses parents, démunis et malades, à un trafiquant d'enfants qui la place comme servante dans une maison de geishas de Kyoto. Cette Cosette nippone subit les cruautés et mesquineries d'une patronne près de ses sous et de la fourbe Hatsumomo, geisha très prisée. En grandissant, la gamine abdique tout espoir de retrouver sa famille, mais se forge un idéal : revoir l'homme qui lui a un jour insufflé la force de sublimer sa détresse pour tenter de devenir geisha. Grâce à la complicité d'une rivale d'Hatsumomo, elle va se plier à tous les rites d'initiation et acquérir un statut envié. Les hommes les plus puissants du Japon n'ont plus d'yeux que pour elle, ce qui provoque la fureur de sa rivale détrônée (Le Monde du 28 février).

Ce film nous arrive précédé de polémiques parfois surprenantes. On lui reproche d'avoir privilégié deux intrigues : l'histoire d'un amour contrarié (l'héroïne soupire secrètement pour un homme d'affaires aux ordres du patron auquel elle est destinée) et le crêpage de chignons entre la geisha vieillissante (qui n'a jamais su faire abstraction de ses sentiments) et cette docile jeune beauté (qui résiste aux humiliations et apprend à faire son deuil de ses états d'âme). Cela au détriment de la description des apprentissages des arts de la danse, du chant, de la conversation et de la séduction (une geisha doit savoir faire chavirer un coeur d'un battement d'éventail, "mettre un homme à genoux d'un coup d'oeil") .

Il est vrai que la lutte entre les deux femmes occupe une bonne partie du film. Elle illustre métaphoriquement un passage de relais entre Gong Li (dont la prestation est la plus époustouflante, peut-être parce qu'elle ne campe pas une méchante caricaturale mais qu'elle est aussi fragile et émouvante que jalouse et mauvaise perdante) et Zhang Ziyi, nouvelle star du cinéma asiatique. Mais Mémoires d'une geisha est adapté d'un livre à succès articulé sur ces deux pôles dramatiques, et Rob Marshall (qui a repris un projet un temps caressé par Steven Spielberg) est un homme de Broadway, auteur de Chicago, duquel il ne fallait pas espérer un documentaire sur la façon de s'asseoir, de servir le thé, ou le tissage du kimono.

On n'est pas surpris non plus de voir privilégier pudeur et tremblements à tout dévoilement de chair nue ni de constater que ces geishas sont dépeintes comme plus artistes que vénales, ni épouses ni concubines, ni putes ni soumises (en dépit d'une scène sans ambiguïté où la virginité de l'héroïne est mise aux enchères). Le pudibond Hollywood noie les corps de ses pretty women sous les maquillages, les costumes brodés, les pétales de cerisier, les reflets de couleurs, les éclairages.


VIEILLES RANCUNES


Les critiques japonais comptent maints détails erronés dans ce grand spectacle et ne se privent pas de déplorer que des symboles de la féminité du pays du Soleil-Levant soient incarnés par les Chinoises Zhang Ziyi et Gong Li et la Malaisienne Michelle Yeoh. Mais ce sont les autorités chinoises qui l'ont interdit de sortie pour protester contre une distribution jugée dégradante. On estime scandaleux à Pékin que des actrices chinoises interprètent des courtisanes japonaises. On a oublié à Shanghaï que la cité fut le royaume de la prostitution. Les deux pays règlent surtout de vieilles rancunes nationalistes.

Il est évident que, sauf à mettre au rebut une bonne partie de l'histoire du cinéma, ce débat sur l'identité des actrices est ridicule. Mieux vaut certes faire jouer l'empereur Hirohito par un Japonais (comme dans le film de Sokourov - voir page 25) et le dernier maître de la Cité interdite par un Chinois (comme dans Le Dernier Empereur, de Bertolucci). Faut-il pour autant faire abstraction du talent des comédiens à transcender un personnage ? Faut-il nier à Hollywood tout droit de faire jouer Jules César par Marlon Brando, Moïse par Charlton Heston, Spartacus par Kirk Douglas, Mozart par Tom Hulce, Gandhi par Ben Kingsley ?

Il se trouve que, dans Mémoires d'une geisha, les actrices sont plutôt irréprochables, et que l'on n'essaye pas de glisser un clone de Michael Moore dans un combat de sumo. Oui, les personnages parlent anglais ; oui, c'est un film lisse, décoratif, parfois grandiloquent, pour tous publics. On voit, régulièrement, pires divertissements.

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